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Souvenirs d'un trépidant séjour en Ouganda

Par Daniel Delury, University of Saskatoon

Daniel Delury en Ouganda

Membre de la Délégation de l’University of Saskatoon, Daniel était à l’époque étudiant en maîtrise au département de sociologie. Il a fait un séjour de trois mois à Mbarara, en Ouganda, dans le but d’aider les populations locales à améliorer la situation des enfants touchés par le sida.

Lorsque j’ai accepté de faire un stage en Ouganda, je m’en suis remis à mes tripes plutôt qu’à ma raison. En effet, quand j’ai su que j’avais été accepté, je m’apprêtais à terminer ma maîtrise avant le mois de septembre. Et le stage avait lieu exactement pendant la période où je prévoyais rédiger mon mémoire. Il allait me priver de plus de trois mois de travail, et reporter à mai la date d’obtention de mon diplôme. De plus, comme cela faisait trois ans que j’étudiais au sein du programme de maîtrise en sociologie, le département ne me procurait plus d’aide financière, ce qui rendait ma situation plutôt précaire. Enfin, je comptais me marier le 2 décembre, et le stage tombait en plein dans la période précédant cet événement, période que ma fiancée et moi avions prévu consacrer aux préparatifs. De toute évidence, j’avais beaucoup de bonnes raisons de rester à Saskatoon. Toutefois, étant donné que le stage se déroulait dans un domaine qui faisait appel à une bonne partie des idées et du travail pratique que j’avais étudiés, j’ai décidé d’accepter. Ce n’était pas le chemin le plus facile, mais ce stage en a vraiment valu la peine.

En juin, la Dre Claire Card du Western College of Veterinary Medicine* (WCVM) m’a mis au courant de tous les détails concernant le stage. L’Association des universités et collèges du Canada (AUCC) avait accepté deux propositions dans le cadre de son programme d’« étudiants pour le développement », financé par l’Agence canadienne de développement international (ACDI). Il s’agissait, dans les deux cas, de partenariats entre le WCVM de l’University of Saskatchewan, le département de médecine vétérinaire de l’Université Makarere*, en Ouganda, et une petite ONG ougandaise locale, la Foundation for AIDS Orphaned Children* (Fondation des orphelins du SIDA, FAOC) située dans la ville de Mbarara, où j’ai résidé pendant mon séjour de trois mois en Ouganda. (*sites de langue anglaise)

Le travail de la FOS consiste à favoriser l’autonomisation de familles vulnérables dont les pourvoyeurs sont décédés. Habituellement, l’un des deux parents, ou les deux, sont morts du sida. Ce sont souvent des veuves qui prennent en charge des familles entières, et dans les cas où tous les membres de la famille élargie sont également décédés, les enfants sont forcés de devenir soutiens de famille. Les pourvoyeurs ayant survécu à la maladie sont aux prises avec des obstacles de taille : vivre avec le VIH ou le sida, subvenir aux besoins d’une famille nombreuse avec un revenu provenant d’un travail non qualifié et être une femme qui gagne sa vie en travaillant, ce que les communautés traditionnelles voient souvent d’un très mauvais œil. Dans ces circonstances, divers problèmes économiques liés à la satisfaction des besoins de base ne tardent pas à se manifester. De nombreuses familles vivent dans des maisons dont la construction est à moitié terminée ou qui nécessitent d’importantes réparations. On peut entendre des bruits de toux convulsives fuser ça et là, signe révélateur de l’omniprésence de la tuberculose, une maladie particulièrement dangereuse pour les personnes séropositives pour le VIH. De nombreux enfants ne fréquentent pas l’école régulièrement. Lorsque nous nous rendions en voiture faire des entrevues ou travailler sur le terrain, nous voyions souvent certains d’entre eux revenir à pied à la maison le long des routes d’argile rouge parce qu’ils n’avaient pas pu payer leurs frais scolaires ce jour-là.

Comment une femme ou un enfant seul ayant des compétences limitées peut-il arriver à répondre aux besoins immédiats d’une maisonnée, ce qui englobe la nourriture, l’eau, le logement, l’habillement, les soins de santé et l’éducation ? Cela est une tâche qui peut sembler impossible, dans un contexte où le bien-être des gens est très étroitement lié aux économies étatique et mondiale. Une personne seule ne peut apparemment rien contre tout cela. C’est ce constat de départ qui est à la base de l’approche adoptée par Jeffrey Sachs avec ses « villages du millénaire », qui consiste à construire des infrastructures et à soutenir les économies locales au moyen d’importantes sommes d’argent en provenance de l’extérieur (nous avons visité un ou deux de ces développements, situés dans les environs, mais c’est une autre histoire). La FOS, en revanche, adopte une stratégie fondée sur les ressources locales, et malgré ses difficultés, cette approche s’est révélée efficace à long terme. La FOS intervient dans sept « paroisses » (appellation régionale ougandaise désignant un petit groupe de villages) dont les veuves et les orphelins se sont réunis et ont manifesté leur intérêt pour son projet. Dans la plupart des paroisses, entre 50 et 75 foyers participent au projet. La FOS détermine en quoi consistent les besoins, puis travaille directement avec les bénéficiaires dans le but de créer des changements positifs à l’échelle des foyers. L’objectif consiste à permettre aux gens de travailler ensemble afin d’acquérir de nouvelles compétences et de s’aider eux-mêmes. Les bénéficiaires peuvent ensuite transmettre les connaissances et les compétences qu’ils ont acquises aux autres membres de la collectivité.

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