Expériences sur le terrain:
Les membres du Réseau à travers le monde
Bénévoles pour la paix
Par Angelique Myles, maîtrise en santé communautaire, Memorial University, Terre-Neuve
Nous sommes arrivés au milieu d’un tintamarre de pétards générant un épais nuage de fumée. Les villageois se sont précipités vers nous et nous ont accueillis avec des sourires et de chaleureuses poignées de main. À notre entrée dans la maison de ferme, on nous a guidés jusqu’à nos modestes chambres à coucher, équipées de nattes au sol ainsi que d’une table et d’une chaise dans un coin. Pendant deux semaines, quinze bénévoles issus de sept pays différents allaient vivre ensemble chez une famille chinoise du village. En plus de s’avérer exaltante et épuisante, cette expérience allait me permettre non seulement de perfectionner mes connaissances linguistiques, mais aussi d’apprendre beaucoup de choses sur les rapports interpersonnels et les différences culturelles.
Je suis récemment revenue d’un voyage de sept semaines en Chine. J’ai passé deux semaines sur l’île de Hainan dans un camp de travail organisé par une association appelée Volunteers For Peace (Bénévoles pour la paix). Le camp donnait l’occasion aux bénévoles de s’immerger dans le quotidien d’un village rural tout en établissant des relations avec les familles de l’endroit. L’arrivée d’un groupe d’étrangers dans ce petit village d’une région éloignée a suscité beaucoup de curiosité et d’excitation. Je suis certaine que cela a constitué pour les villageois une expérience marquante de rencontrer des gens venant de pays tels que l’Allemagne, l’Angleterre, la Corée, les États-Unis, la France, la Hollande et le Canada.
Durant la première semaine du camp, nous avons accompli des tâches diverses dans le village. Dans une chaleur accablante, nous passions nos avant-midis à couper des broussailles et à travailler dans les rizières. L’île de Hainan a un climat tropical de mousson, et les températures peuvent varier entre 22 et 26 °C. C’est pour cette raison que la plupart des villageois se lèvent tôt pour aller travailler aux champs, puis, l’après-midi venu, se reposent dans un hamac suspendu dans un coin ombragé afin de rester au frais. Je me suis habituée très rapidement à cette routine et faisais souvent une sieste l’après-midi, étendue dans un hamac au milieu du caquètement des poules et du bruissement de leurs ailes.
Les conditions d’hébergement se sont toutefois révélées plus difficiles. La maison était équipée d’une douche et d’une toilette à la turque, mais il n’y avait pas d’eau chaude et nous devions laver nos vêtements à la main à l’aide d’une pompe. L’important achalandage aux heures de douche a forcé les bénévoles à coordonner leurs activités quotidiennes, ce qui était parfois difficile car certains d’entre eux prenaient une douche deux fois par jour en raison de l’humidité extrême. Il est devenu clair que nous consommions autant d’eau que dans nos pays d’origine, ce qui menaçait d’épuiser les réserves aquifères du village. Certains bénévoles, conscients de l’impact qu’ils avaient sur le village, faisaient un effort pour adopter des comportements plus écologiques, tandis que d’autres semblaient indifférents. Ce type de situation m’a permis d’en apprendre beaucoup sur les différences en matière de culture et de personnalité, tout en étant forcée d’examiner mes propres croyances et antécédents pour mieux comprendre la source des conflits.
La deuxième semaine du camp a été consacrée à l’enseignement de l’anglais aux enfants du village. Les cours se donnaient à l’extérieur, à l’ombre des grands arbres ou dans une vieille école délabrée. Les enfants se rendaient à ces classes avec un petit tabouret rouge qu’ils emportaient de leur domicile. Les bénévoles étaient divisés en plusieurs groupes et se voyaient assigner un certain nombre d’élèves. Les enfants de mon groupe étaient âgés entre 5 et 13 ans. Comme la plupart des enfants n’avaient aucune notion d’anglais, nous utilisions des chansons, des images et des jeux pour rendre l’apprentissage plus amusant et attrayant. C’était la première fois que j’enseignais à des groupes d’enfants, et vers la fin du troisième jour, mon enthousiasme en avait pris un coup. Grâce à cette expérience ardue, j’ai aujourd’hui encore plus d’admiration et de respect pour les enseignants parce que je connais les difficultés qu’ils doivent affronter pour arriver à transmettre leurs connaissances jour après jour. J’étais très fière de mes étudiants parce qu’à la fin de la semaine, ils étaient capables de dire leur nom et leur âge, de réciter l’alphabet et de compter jusqu’à 20 en anglais.
Mon séjour dans ce village m’a laissé une foule de merveilleux souvenirs. J’en suis venue à réellement apprécier la simplicité de la vie rurale et de comprendre que dans le cadre de nos vies modernes, les relations humaines entre les membres de notre famille et de notre communauté se sont étiolées. Au village, les enfants étaient toujours entourés de membres de leur famille. On voyait souvent des personnes âgées faire des promenades avec de jeunes enfants ou bavarder avec d’autres parents. Les enfants plus âgés prenaient la responsabilité de s’occuper de leurs frères, sœurs et cousins plus jeunes. Les bébés étaient toujours dans les bras de quelqu’un et faisaient l’objet de moult prévenances. Les enfants qui venaient nous rendre visite à la maison de ferme s’amusaient à jouer au badminton et au cricket dans la cour ainsi qu’à grimper dans les arbres pour nous ramener de délicieux fruits comme des goyaves et des caramboles. Le contraste entre ce tableau et les enfants des pays plus développés n’aurait pas pu être plus grand. Les enfants du village menaient des vies très actives, jouant constamment à des jeux et se promenant à bicyclette. La maison de ferme était équipée d’une télévision, mais celle-ci était rarement allumée, et les jeux vidéo ne faisaient pas partie de l’univers des enfants.
À titre de témoin approbateur de ce mode de vie exemplaire, je ne pouvais m’empêcher de me demander ce que l’avenir réservait à ces enfants. La politique de l’enfant unique ne s’applique pas dans les villages ruraux de Chine. La plupart des enfants de ces régions éloignées finissent par passer leur vie dans leur village, avec leur famille. Je ne crois pas qu’un grand nombre d’entre eux auront même l’occasion de quitter l’île de Hainan et de visiter le continent chinois.
Le camp terminé, je suis retournée à Tianjin, troisième ville en importance de Chine, et je me suis mise à réfléchir à mon expérience de vie dans un village rural. J’étais encore renversée par l’hospitalité et la générosité des villageois, car ces sentiments étaient sincères et honnêtes. J’aimerais adopter de nombreux aspects de leur mode de vie, comme l’esprit communautaire. Je suis très consciente d’avoir une existence privilégiée qui est complètement différente de celle des villageois. De plus, un séjour de deux semaines dans un village, c’est très court, et mon expérience demeure très superficielle. C’est pour cette raison que je souhaite apporter certains changements et adaptations à ma vie en adoptant une approche plus simple de l’existence. Ainsi, je ferai en sorte que mon séjour au village ait des impacts durables et concrets.
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