La semaine de la paix : une pause réflexive sur les enjeux liés à la paix dans notre monde contemporain.
David Koussens
Vice-président de la Délégation Droits et démocratie de l'UQÀM
Organisée par le groupe IKTUS de l'UQÀM, la semaine de la paix a rassemblé, autour d'un thème unique, plusieurs mouvements associatifs, internes ou externes à l'université, et dont les obédiences laïques ou religieuses ont permis d'appréhender le concept de paix sous divers aspects.
Promouvoir la paix et dénoncer les violences physiques et symboliques
Dans un sens assez traditionnel, la paix se révèle être la situation idéale d'un monde dans lequel il n'y aurait plus de violence ou de conflit armé. Dans cette perspective, différents mouvements tels Amnistie internationale de l'UQÀM et la délégation Droits et démocratie de l'UQÀM ont notamment sensibilisé la communauté étudiante aux conséquences que les situations de conflits armés peuvent avoir sur les populations civiles, notamment les femmes et les enfants.
La semaine de la paix
La paix implique donc la disparition de situations de violence physique. La présence du Centre de ressource sur la non violence à la semaine de la paix était alors importante car cette violence physique reste très présente dans nos sociétés... qu'elle soit faite aux femmes, aux enfants, aux minorités... Dans le même sens, il était important que l'Action des Chrétiens pour l'abolition de la torture (ACAT) informe les étudiants des pratiques de torture qui persistent dans le monde, et non pas seulement dans les régimes autoritaires.
Mais la paix se révèle aussi en tant que paix sociale. Elle est alors associée aux grand enjeux sociaux contemporains tels la défense des droits des femmes, des autochtones, des droits civiques de certaines minorités culturelles ou religieuses, la préservation de l'environnement... Dans cette acception, la paix suppose une disparition des violences symboliques dont sont encore souvent l'objet certaines catégories de la population. Pour cette raison, sensibiliser les étudiants à la diversité, comme ont pu le faire le Cercle des premières nations, l'Association des étudiants musulmans de l'UQÀM ainsi que l'Association étudiante de civilisation arabe de l'UQÀM, est, plus que jamais, pertinent.
Une exposition remarquablement organisée par le Centre de ressource sur la non violence, et qui présentait des portaits d'artisans de la paix, a alors très bien illustré la diversité des enjeux liés à la paix dans notre monde contemporain. À travers la découverte de l'action de plusieurs personnages ayant oeuvré pour la paix, les étudiants ont pu saisir la pleine diversité associée à ce concept... que la paix implique une mobilisation pour la disparition de la bombe atomique (Nichidatsu Fujii Gurujii), la reconnaissance de la pleine égalité des droits des femmes (Muriel Matters et Thérèse Casgrain), la lutte pour les droits civiques des minorités culturelles ou ethniques (Martin Luther King) ou encore la préservation d'un environnement constamment contraint par des impératifs de rentabilité économique (David Mc Taggart).
La semaine de la paix
Il reste à souligner le travail de la Conférence mondiale des religions sur la paix, qui regroupe des membres de différentes religions dans le but de promouvoir un rapprochement entre celles-ci, et de favoriser un climat de paix entre les diverses obédiences religieuses. En effet, force est de constater que si les religions sont chacune intrinséquement porteuses de messages de paix et d'espoir pour les populations, leur coexistence dans la sphère publique, nationale ou internationale, peut s'avérer source de conflit.
Il était alors utile de problématiser cette dichotomie entre la nature du texte religieux et le message adressé aux croyants en organisant un ensemble de panels et conférences autour de la question polémique : « Les religions sont-elles porteuses de paix ? »
Les religions sont-elles porteuses de paix ?
Trois temps forts ont permis d'alimenter le débat en tentant d'apporter des réponses à cette problématique.
Dans un premier temps, une conférence donnée par le mouvement des Focolari a permis de comprendre dans quelle mesure le message religieux est, en lui même, porteur de paix. La représentante de ce groupe religieux a particulièrement insisté sur les valeurs de respect et d'amour véhiculées par chaque religion. Chacune d'elle, loin de rechercher initialement le conflit, propose plutôt à ses fidèles une quête de l'unité qui ne peut se concevoir que par la reconnaissance de l'autre dans sa diversité.
Cette position a été rappelée dans un panel, composé de spécialistes et croyants de trois grandes religions monothéistes : le sociologue Amir Maasouni, l'ancien ministre Victor Goldbloom et le professeur Grégory Baum. Si les discours des différentes mouvances religieuses ont incontestablement été facteurs de conflits, la période contemporaine s'est néanmoins caractérisée par de nombreuses relectures des textes sacrés qui ont permis une meilleure compréhension et une meilleure coopération des traditions religieuses dans le souci de promouvoir un meilleur vivre-ensemble collectif.
Pourtant, la situation actuelle de conflits inter-religieux, de « choc des civilisations » semble continuer d'imposer un constat plus négatif et pessimiste. Toute religion conservant la prétention exclusive de détenir la vérité et ayant ainsi par nature une vocation universalisante, il a alors été utile de se demander, lors d'une conférence donnée par Patrice Brodeur, professeur à l'Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l'Islam, le pluralisme et la mondialisation, si les religions ne sont pas ainsi à la fois porteuses de paix ... et de violence.
Les débats ne sont pas clôts. Les questions restent posées et les enjeux pour l'avenir restent grands. La semaine de la paix, tout en sensibilisant la communauté étudiante sur la présence toujours très forte de la violence dans notre monde contemporain, a aussi eu le mérite de faire discuter ensemble des représentants de diverses traditions religieuses quant au rôle qu'ils peuvent jouer pour promouvoir la paix. Mais elle a aussi permis aux étudiants de s'arrêter, de réfléchir, de rencontrer, finalement d'être en soi un moment de paix. Pour cette belle réussite, que les membres du groupe IKTUS de l'UQÀM soient chaleureusement remerciés.
David Koussens
Vice-président de la Délégation Droits et démocratie de l'UQÀM