Mon été d’apprentissage sur la RSE

Par John Wires

John

John Wires a entrepris cet été un stage de travail au sein du Réseau Droits et Démocratie dans le but d’aider à l’élaboration de certains des projets du Réseau pour l’année qui vient. En tant qu’animateur régional pour l’Ontario, John a surtout travaillé à l’organisation du prochain « Mingler » régional sur la responsabilité sociale des entreprises (RSE). Vers la fin de l’été, John s’est vu offrir la possibilité d’approfondir certaines questions centrales liées à la RSE dans le cadre d’un voyage au Salvador, où il a pu visiter l’une des plantations des cafés Starbucks et une usine de fabrication de textile, et rencontrer Romeo Calderon, délégué commercial local de l’ambassade du Canada.

Au départ, le thème de la RSE n’avait pas pour moi d’importance particulière et ne constituait qu’un aspect marginal du capitalisme. C’était une notion qui allait à l’encontre de l’idée selon laquelle les entreprises ne sont redevables qu’à leurs actionnaires. Selon moi, il s’agissait d’un concept voué à l’échec car il était contraire à la logique de la société marchande. En effet, les sociétés transnationales ne pouvaient accepter d’accroître volontairement leurs coûts de production (par des mesures comme le versement de salaires plus élevés à leurs travailleurs des usines des pays en développement) simplement pour faire plaisir à certains actionnaires et pour se voir acceptées dans le club des entreprises « responsables ».

Cependant, presque une année s’est écoulée depuis, et le concept de RSE a désormais capté mon intérêt. Ce changement s’est amorcé lorsque j’ai commencé à me dire que mes anciennes conceptions étaient peut-être erronées. La RSE ne signifie pas que les entreprises prennent certaines initiatives dans le simple but de faire le « bien », tout en s’attendant à voir leur marge de profit s’amenuiser. Les entreprises se lancent plutôt dans ces initiatives pour gagner plus d’argent en faisant le bien. En ce sens, la RSE s’inscrit dans la logique classique du capitalisme et non en opposition à celle-ci.

S’il peut être décourageant de songer que les entreprises ne s’engagent pas dans des projets dits « responsables » par pure bonté, mais simplement dans le but d’accroître leurs profits, je crois fermement que les motifs qui sous-tendent ces initiatives ne sont pas importants, ni même pertinents. Ce qui compte, ce sont les résultats des ces projets. Qu’il s’agisse du soutien apporté par Starbucks à certaines coopératives afin de se présenter comme une entreprise du « commerce équitable » ou encore des activités que mène la Banque Scotia dans les régions rurales d’Amérique centrale, la vraie question consiste à déterminer si oui ou non ce type d’actions donne lieu à des changements favorables au chapitre des droits humains.

Ainsi, à la fin de mon stage d’été au sein du Réseau Droits et Démocratie, j’avais très envie de continuer à explorer cette question. Je plane présentement au-dessus du golfe du Mexique, de retour d’un voyage au Salvador, petit pays d’Amérique centrale niché sur la côte du Pacifique. Depuis la fin de la guerre civile qui a déchiré le pays, dans les années 1980, le Salvador a connu des changements économiques considérables (que l’on pourrait résumer en un mot par « américanisation »). Mais pour moi, cette présence massive au pays d’entreprises américaines faisait d’El Salvador l’endroit idéal pour déterminer dans quelle mesure certaines des politiques américaines s’inscrivant dans une démarche de RSE entraînaient de véritables changements.

Sans trop entrer dans les détails, disons que mes visites dans diverses plantations de café des régions rurales d’El Salvador m’ont permis de constater l’existence de conditions de travail extrêmement difficiles. Ainsi, les observations figurant dans les rapports publiés par Human Rights Watch sur El Salvador concernant le travail des enfants sur de vastes étendues de plantations sucrières semblaient valoir également pour les plantations de café.

Pourtant, à en juger par les conversations que j’ai eues avec certains Salvadoriens vivant dans ces régions, la politique de Starbucks consistant à verser un prix « équitable » pour le café provenant d’une plantation coopérative semblait extrêmement bien reçue et faisait apparemment une grande différence pour les travailleurs de ladite plantation. En fait, grâce à cette politique de Starbucks consistant à payer plus cher pour son « café équitable », la coopérative avait pu mettre sur pied une garderie (ce qui permettait d’éviter aux enfants le travail éreintant des plantations) et d’autres services dont bénéficiaient tous les travailleurs. Mais surtout, cette politique permettait aux travailleurs de recevoir des salaires décents qui les aidaient à sortir de la pauvreté.

S’il est vrai que bien souvent, ces mêmes entreprises qui se présentent comme socialement responsables pour certains produits se conduisent de manière « non socialement responsable » dans d’autres domaines (et Starbucks ne fait pas exception à la règle), elles jouent néanmoins un rôle essentiel en contribuant à accroître la demande et à resserrer les normes du marché pour certains « produits éthiques ». Par exemple, dans l’industrie du café, les autres entreprises ont été poussées à produire et à vendre du café équitable afin de demeurer concurrentiels dans le nouveau marché du « café équitable ».

Bref, même si Starbucks arrive à accroître ses profits en s’adressant au « consommateur éthique », l’entreprise contribue à entraîner des changements réels et positifs sur la situation des droits humains dans le monde. Par conséquent, après avoir été sceptique au départ, je crois dorénavant que les initiatives s’inscrivant dans une démarche de RSE ont le potentiel non seulement de devenir un outil efficace permettant aux entreprises d’être très concurrentielles dans leur industrie, mais aussi de provoquer d’importantes améliorations au chapitre des droits de la personne dans le monde entier.

Si les entreprises ont adopté depuis longtemps des tactiques de marketing consistant à mettre de l’avant le caractère écologique de leurs produits, nombre d’entre elles commencent à s’intéresser au nouveau créneau de marché que représentent la RSE et les droits humains. Mais c’est à nous, étudiants préoccupés par les questions de droits humains dans le monde, qu’il incombe d’aider à accroître la demande pour ces « produits éthiques ». Ainsi, nous pouvons réclamer que du café équitable soit vendu sur nos campus et acheter des vêtements éthiques (qui n’ont pas été fabriqués dans des ateliers clandestins). En bout de ligne, c’est nous, les consommateurs, qui générons la demande et qui, ce faisant, incitons les entreprises à produire de manière éthique.

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